Le nord et la mer
Le vent et le mord du froid
La mer et la mort
Le nord en hiver

Le vent pique au corps et la plage de sable mouillé sent l’algue à plein nez
S’enfoncer
S’enfouir dans le sable pressé

Il n’y a pas d’amour dans les bleuités sur les plaines de Flandres
Mais des ciels brouillés, la fichtélité
Et l’envol des mouettes un cri dans le gris — cela restera —

Le nord et le vert
L’âme du temps
Un soleil pâle, et là
Le jour et la joie

La ligne qui n’en finit pas de finir
L’horizon s’effiloche s’accroche au ciel bas se délivre de ses délires

La plaine se meurt et l’eau et l’air
Ça file, ça tisse des gris, des verts, des jaunes pâles plus pâles que ça
Ça file et ça s’étire à s’en faire mal,
Mais je n’ai pas dit la couleur, la couleur ça n’existe pas, ce ne sont que des ruses du vent
Et si la lumière fut un jour,
C’est bien dans l’espace, c’est bien dans la déchirure du Nord

Est-ce que j’ai dit les blancs, le nord et le blanc
La zigzagure du goëland
Les blondeurs insensées
Il n’y a de vivant, il n’y a de temps qui tienne
Sur ce coin de terre et d’eau, de marais filant
Du rire, du jade, un frisson tout donné

Le nord et la mer un rayon vert un frisson blanc
Et pour qu’on s’en souvienne
Du nord et de la mer, reste le mugissement du vent

Colette Cambier
Wez, 1996